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02 juillet 2009
Pour mon Papa
Le pire, c'est de voir son Papa qui est triste et de ne rien pouvoir faire. D'être là, à regarder, à l'écouter parler, à tenter de le soutenir alors que l'on n'a aucun pouvoir pour rien.
On ne peut pas dire qu'il ne le savait pas. Il s'en doutait, il le supposait. Mais il pensait que le travail accompli serait reconnu. Il a toujours fonctionné comme ça: le travail bien fait est toujours reconnu et apprécié. C'était un leitmotiv.
Ca faisait presque trois ans qu'il s'investissait, qu'il dormait encore moins qu'avant. Il avait réussi à remotiver le personnel d'un service à force de patience et d'encouragements. À quoi bon être un chef à tendance despotique lorsque l'on peut obtenir plus avec douceur? Il avait tout appris d'un métier dont il ne connaissait rien. Comme une sorte de retour aux études à 43 ans. Ca a été dur. Il a eu envie de tout plaquer, de laisser tomber et de retrouver son boulot d'avant, là où il y avait moins de stress. Mais il s'est accroché. Il a pris sur lui, il s'est investi, il a fait des efforts. Il a fini par y prendre goût, à mesure qu'il voyait que ses investissements n'étaient pas vains.

La machine tournait plutôt bien. Aller travailler était toujours très crevant mais il y allait avec le sourire. Il avait pu recruter. Le personnel l'aimait bien. Pas de relations très amicales mais un grand respect mutuel. Des services qu'ils se rendaient entre eux sans avoir besoin de se le demander. "Vous verrez, le boulot qu'on a fourni sera reconnu, ils vont apprécier", qu'il disait. Méritocratie ça s'appelle, le maître-mot dans le travail aujourd'hui. "Travailler plus pour gagner plus", "la France qui se lève tôt".
Et puis il y a eu cette directive: le service fermera en janvier 2011, vous avez un an et demi pour trouver où vous reclasser. Bordeaux, Rennes, Narbonne ou Paris. Deux enfants en études supérieures, un au collège. Le choc malgré tout. Il y croyait vraiment à la reconnaissance du travail. Et en fait non, rien. Du personnel licencié parce que seulement "contractuel". D'autres dispersés "parce qu'on regroupe tout dans les grandes villes". Et lui qui se sent coupable, manipulé par plus haut que lui, au pied du mur. "Ville A ou ville B ou alors, vous sortez du fonctionnariat". 27 ans qu'il y travaille et qu'il essaye de s'appliquer. "Économie de personnel" ça s'appelle.
Le même jour, un courrier est arrivé. Son titre? "Faites carrière dans la Fonction Publique".
11:01 Publié dans Débats-Actualité, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : travail, licenciement, fonction publique, méritocratie, reclassement








